Il fallait s’y attendre ! L’annonce par Dominique Voynet de sa candidature à l’invetiture verte pour la présidentielle a fait remonter à la surface, une série de rumeurs, contrevérités et déformations sur son action à la tête du Ministère de L’Aménagement du territoire entre 1997 et 2001.
La première de ces rumeurs, en pleine vague de procès des faucheurs volontaires, c’est que Dominique Voynet aurait autorisé la culture d’Ogm en france alors que ceux ci avaient été interdits en france par Corinne Lepage, sa prédecesseure au Ministère..
Dans son livre "voix off" elle fait fi de ces rumeurs et explique ce qu’il en fut réellement .
EXTRAITS DE "VOIX OFF" pages 70, 71, 72 chapitre "leçon de mécanique plurielle".
(...) " Lorsque j’arrive à la réunion des ministres le 27 novembre 1997, je comprends tout de suite que la partie sera difficile. Autour de la table, Claude Allègre, toujours prompt à fustiger l’obscurantisme et à épouser les thèses des chercheurs, Marylise Lebranchu, qui est alors secrétaire d’Etat à la consommation. Dominique Strauss-Kahn, Pierre Moscovici, Bernard Kouchner... et Louis Le Pensec, ministre de l’agriculture, qui n’est pas un fanatique des OGM et gardera une attitude prudente tout au long des discussions. C’est à la demande de Pierre Moscovici, ministre des affaires européennes, que se tient la réunion. A ses yeux, il n’y a pas d’autres issues que le respect d’une décision européenne... prise à la demande explicite de la France !
Je tente d’argumenter mais l’heure n’est pas aux interrogations de fond. les OGM ? Ben quoi, les OGM ? Bien sûr il est regrettable que ce maïs comporte un gène de résistance aux antibiotiques... Bernard Kouchner ne relève pas. Quant au doute sur le risque d’une dépendance accrue des paysans à l’égard des firmes semencières, il est balayé : la toute puissante FNSEA ne réclame-t-elle pas elle-même, le droit de cultiver des OGM ? la discussion est sans espoir. Dès lors, je vais me battre pour limiter la casse. L’autorisation n’est accordée au maïs Bt que pour trois ans. Un moratoire est décidé pour toutes les autres espèces, notamment pour les colzas et les betteraves qui sont susceptibles de croiser avec des espèces sauvages. Un dispositif de biovigilance, c’est à dire d’observation d’effets éventuels sur la santé ou l’environnement, est mis en place.
Le principe d’une "conférence de citoyens", ébauche d’un débat public sur les OGM, est arrêté. J’obtiens également que la France s’abstienne de voler au secours de la Commission européenne dans le bras de fer qui l’oppose à l’Autriche et au Luxembourg, qui ont invoqué la "clause de sauvegarde" pour justifier leur refus des OGM.
Quand la réunion se termine, je suis bien sûr déçue de ne pas avoir réussi à instiller le doute sur l’utilité pour les paysans et l’innocuité pour la santé et l’environnement des OGM - ce sera pour plus tard ! - mais j’ai le sentiment de pouvoir assumer cet arbitrage et j’accepte de participer à une conférence de presse à Matignon, face à Bernard Kouchner qui plaide sans recul pour le génie génétique... je me sens piégée. Grossière erreur que je continue de payer aujourd’hui.
Les Verts réagiront vivement, et avec eux l’ensemble des associations de protection de l’environnement, à ce qu’ils vivent comme une trahison. Certains de bonne foi.
D’autres moins : cette affaire a été exploitée en interne jusqu’à plus soif par des "camarades" hostiles à la participation gouvernementale... Cinq ans plus tard, certains affirment encore, de manifs en meetings, que j’aurais "signé les décrets d’autorisation d’OGM".
Au mépris de la vérité "administrative" : il n’y a jamais eu de décret autorisant les OGM, mais une simple inscription des variétés nouvelles, par le seul ministre de l’agriculture, sur le catalogue officiel des espèces autorisées à la culture en France. Au mépris de l’histoire : depuis novembre 1997, j’ai en effet eu maintes occasions de me faire pardonner...
J’aurais pu sans doute plaider en réunion de ministres, puis, constatant que je n’obtenais pas gain de cause, "camper" sur mes convictions et revenir devant les Verts, auréolée de ce fait de "résistance" ; je n’aurais pas empêché que la décisions soit prise, dans l’instant.
Et j’aurais été "mise de côté" pour la suite des discussions. Or je n’ai pas douté qu’après avoir enfoncé un coin, j’aurais d’autres occasions de revenir à la charge...
J’ai demandé à être associée à la prise de décision qui ne relevaient pas strictement de ma responsabilité ministérielle.
C’était pour moi la seule manière d’espérer semer la petite graine du doute, de poser des questions que personne n’aurait posées, de prendre date pour l’avenir. Une méthode ingrate qui ne va pas sans risque : celui d’irriter - "Mais de quoi elle se mêle !"-, celui de ne pas convaincre - "encore un arbitrage perdu..."-, celui de devoir assumer des compromis forcément insatisfaisants -"si on veut être associé à la prise de décision, on ne peut s’en laver les mains une fois qu’elle est prise !". (...) |