Par Dominique Voynet, mardi 22 mai 2007 à 23:48 | | #14 | rss
Un mois, jour pour jour, après le premier tour des présidentielles, me voici de retour sur ce site, mis en sommeil, comme le veulent les règles de financement des campagnes électorales, pendant quelques mois.
J’ai été, comme vous, déçue sinon surprise, du mauvais résultat de cette campagne, sur lequel je souhaite revenir, pour mieux le comprendre, au cours des prochaines semaines. Je me suis mobilisée pour permettre, dans des conditions dont chacun mesurait la difficulté, en faveur de la candidate de gauche. Il n’y a pas eu de (bonne) surprise. Et le 6 mai, c’est Nicolas Sarkozy qui a été élu président de la République, à une large majorité.
Chacun l’a bien compris, et le fait que son locataire fasse du jogging en short ne doit pas conduire à occulter cette réalité, c’est à l’Elysée désormais, que « ça se passe »... comme l’avait souhaité imprudemment Lionel Jospin, en procédant à l’inversion du calendrier électoral et à la réduction de la durée du mandat du président. Le Premier ministre ne jouera qu’un rôle de super-directeur de cabinet pour celui qui entend bien se mêler de tout, à chaque instant.
Le nouveau président a bien joué, en « ouvrant » son gouvernement à des personnalités de gauche. Pour dire les choses vite, et en évitant les mots qui blessent, je n’aimerais pas me trouver au banc des ministres à l’Assemblée, pendant que François Fillon lira son discours de politique générale, avec des "priorités" qui tournent le dos à tout ce à quoi nous croyons : des peines plancher pour les délinquants récidivistes, la majorité pénale à 16 ans, la détaxation des heures supplémentaires, la suppression des droits de succession "pour 95 % des Français", la suppression de la carte scolaire ou encore la franchise pour les soins de santé...
Il a bien joué aussi, en invitant à l’Elysée, dès les tout premiers jours de son mandat, les grandes ONG de l’écologie. Faut-il le prendre au sérieux ? Des arbitrages courageux seront-ils rendus ? Les lobbies qui font la pluie et le beau temps depuis toujours, et qui ont salué bruyamment l’élection du candidat de leur coeur, seront-ils remis à leur place ? Autant de questions qui ne trouveront de réponse que dans le temps. Bien sûr qu’il faut être vigilant ! Bien sûr qu’il faut être exigeant ! Mais vous me permettrez de prendre mes distances avec ceux qui se sont empressés, sur la base des décisions d’hier, de disqualifier la démarche, en listant toutes les incohérences, toutes les ambiguïtés, d’une droite qui a il est vrai beaucoup discouru, et très peu agi. Pour ma part, je n’ai qu’un regret : c’est que le gouvernement dont j’ai été membre, entre 1997 et 2001, n’ait pas pris réellement ces questions au sérieux, en dépit de mes efforts. Je me souviens d’une réunion à Matignon, au cours de laquelle j’ai plaidé pour que Lionel Jospin, qui avait reçu les fédérations de chasseurs quelques semaines plus tôt, s’engage davantage. Je lui ai proposé de recevoir les associations, ou de faire un déplacement sur le terrain, pour témoigner sa reconnaissance pour le travail qu’elles conduisent... J’avais apporté un petit dossier, qui listait les initiatives prises par Tony Blair, en Grande-Bretagne. Ma proposition n’avait suscité qu’un silence poli...et le lendemain, une petite fuite déplaisante dans la presse, laissant penser que je m’étais « plainte ».
La campagne pour les élections législatives est désormais engagée. La gauche cherche à mobiliser ses électeurs. C’est difficile, parce qu’une partie d’entre eux a la gueule de bois, que les jeux paraissent faits, et que la stratégie est purement défensive. Tout sauf Sarkozy ? Ca n’a pas « fonctionné » au second tour de la présidentielle ! Ne lui donnez pas tous les pouvoirs ? Il faut avoir la foi du charbonnier pour imaginer que ça pourrait suffire. Est-ce-manquer de détermination que d’en convenir ? Ou faire preuve de lucidité, ce qui a si souvent manqué à la gauche ces dernières années ?
En vérité, la gauche est nue, qui n’a pas su, pas voulu, pas pu engager le chantier de sa refondation après l’échec de Lionel Jospin il y a cinq ans, déjà. C’est ce défi - un de plus - que nous devrons relever dans la période qui vient...
Dominique Voynet Le 22 mai 2007





hello, j'aime beaucioup ton blog :) on y trouve souvent uelques perles. Je me demandais pourquoi avoir fait cette préccision :v "c'est ce defi - un de plus - que nous devrons relever dans la periode qui vient" :)
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